2012 : La fin du monde… mais duquel ?
février 7, 2012 Poster un commentaire
A l’heure de la mondialisation et de la civilisation numérique, le logiciel et son caractère dématérialisé permet les gisements de création de valeur et les effets de levier maximaux. Le 21e siècle a vu des sociétés comme Google ou Facebook atteindre des valeurs de plusieurs milliards de $ en moins de 10 ans. Il y a au centre de ces aventures un ou plusieurs développeurs, qui ont su allier la créativité à la rigueur, pour créer des produits innovants et les transformer en succès exceptionnels.
Mais, s’il est facile de faire rêver les foules avec ces quelques exemples particulièrement emblématiques, il est plus ardu de faire mesurer au grand public la noblesse du métier de développeur, quand il s’agit de ceux qui réalisent des logiciels métiers qui s’exécutent dans des salles blanches, de ceux qui font des logiciels industriels embarqués ou encore de ceux qui développent des sites Internet.
Pourtant, tous ces développeurs font en réalité un travail qui a beaucoup de points communs, que les technologies utilisées soient .NET, Java, PHP, Cobol, Windev, C++ ou encore d’autres langages de niveau « progiciel ». Tous savent qu’au quotidien il faut allier la rigueur d’un métier scientifique à la créativité de l’artiste. La rigueur scientifique est indispensable, car il s’agit d’un métier de production. Le code doit compiler, faire ce qui est prévu et pouvoir être maintenu par d’autres. Pourtant, la part de créativité reste grande. Les solutions possibles pour répondre à un besoin sont très diverses et il est fréquent de trouver des rapports de 1 à 10 entre les coûts générés par la prise d’une option ou d’une autre, sans parler de l’ergonomie et de l’utilisabilité.
Malgré cela, et en France plus particulièrement, l’industrie n’a encore bien souvent que le « jour-homme » comme repère d’évaluation de la valeur d’un logiciel, alors qu’il ne s’agit que d’un coût constaté, avec une variabilité énorme du résultat d’un projet à l’autre. La systématisation du recours à l’off-shore lors des 15 dernières années, alliée aux politiques achats des grands groupes, qui ont renforcé les pouvoirs des grandes SSII où la reconnaissance du développeur est au niveau zéro (il suffit d’aller sur www.notetonentreprise.com et de taper quelques grands noms du secteur pour s’en convaincre), ont fini d’achever le travail de dévalorisation du métier de développeur.
Même les écoles s’y mettent désormais en orientant beaucoup de nos jeunes vers le métier de « chef de projet », nos étudiants retenant le mot chef, puisqu’ils n’ont évidemment à cet âge aucune idée de ce que peut être un projet. Et pourtant, beaucoup d’entre eux sont peut-être de bien meilleurs potentiels développeurs que chefs de projet. Et d’expérience, il est bien plus dur de trouver d’excellents développeurs tant les qualités requises pour ce métier sont antagonistes.
- Alors, doit-on définitivement abandonner ce combat ?
- Est-ce une fatalité française de penser qu’un très bon développeur ne peut être payé à la hauteur de l’effet de levier qu’il induit ?
- Doit-on continuer de regarder comme un « raté » un développeur de plus de 40 ans qui a choisi de rester du côté de la technique ?
- Faut-il poursuivre le chemin qui conduira bientôt à laisser aux pays émergents l’exclusivité des profils avec 20 ans de savoir-faire en développement ?
Je ne le pense pas, et beaucoup de professionnels de ce métier partagent le constat suivant. Nous manquons cruellement en France de ces profils expérimentés qui font la différence. Et il ne faut pas chercher plus loin la quasi-absence de grands succès industriels français dans le secteur logiciel.
C’est pourquoi, avec plusieurs membres fondateurs partageant ces valeurs, et notamment certaines personnes de Microsoft qui nous offrent une tribune idéale pour l’annonce, nous avons décidé de lancer un mouvement qui revendique la fierté du développeur.
Ce mouvement, matérialisé par une association et un site web, avec logo et slogan, aura pour objectif de :
- Promouvoir le métier de développeur de logiciels,
- Expliquer la valeur de ce métier alliant rigueur scientifique et force de créativité,
- Communiquer la noblesse du choix de faire carrière en tant que développeur,
- Valoriser l’impact de l’expérience sur l’équation économique des développements logiciels,
- Encourager le respect mutuel entre les développeurs indépendamment des plates-formes et technologies utilisées.
Donc si fin du monde il doit y avoir en 2012, nous souhaitons la fin du monde où le développeur était méprisé, raillé et sous-évalué.
Avec le mouvement « Fier d’être développeur », il y aura un avant et un après 2012 !
Daniel COHEN-ZARDI, PDG de SoftFluent, membre initiateur du mouvement « Fier d’être développeur ! », en association avec Eric VERNIE et Eric MITTELETTE, de Microsoft France