L’interopérabilité et ses enjeux pour les éditeurs de logiciels (1/4)

 

Suite à une présentation faite pour le compte de l’Association Française Des Editeurs de Logiciels en décembre dernier, voici une série d’articles reprenant les idées développées au cours de cette intervention.

3 bonnes raisons de s’intéresser à l’interopérabilité

L’interopérabilité n’est pas en soi un sujet nouveau. Situé à la frontière des systèmes, que ceux-ci soient matériels ou logiciels, sa problématique s’est techniquement posée depuis le début de l’informatique.

Il est plus que jamais nécessaire aujourd’hui pour un éditeur de logiciels de bien intégrer cet enjeu, car il est multiforme et souvent complexe, pas seulement sur l’aspect technique.

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Raison 1 : la fragmentation des plates-formes

La première raison de s’y intéresser est la tendance de fond qui concerne la multiplication des plates-formes.

En effet, avec la dominance forte du couple Wintel jusqu’à la moitié des années 2000, l’interopérabilité avait perdu un peu de son emphase dans certains univers.

Mais force est de constater que Microsoft perd du terrain sur les plates-formes « globalement ». Bien sûr, Windows et le PC restent dominants, mais la multiplication des terminaux, notamment mobiles, a changé la donne.

Nul doute que les tablettes ne vont rien arranger, et même si Microsoft fait de gros efforts sur le sujet avec l’arrivée prochaine de Windows 8, il est quasi-certain que le paysage d’un fournisseur unique de système semble appartenir au passé… en tout cas dans un futur visible !

Et même en ce qui concerne le PC, l’hétérogénéité des navigateurs – qu’on aurait légitimement pu croire appartenir au passé – est revenue avec son lot de difficultés pour les développeurs.

Tout cela amène des enjeux techniques d’interopérabilité au niveau de la plate-forme, avec une complexité induite très importante.

Raison 2 : la spécialisation

La seconde raison d’un retour majeur du sujet de l’interopérabilité est la spécialisation. Chaque métier réalisant des progrès, les offres logicielles deviennent de plus en plus verticalisées et spécialisées.

Il devient impossible de satisfaire tous les besoins d’un client au sein d’une unique offre intégrée, et ce malgré l’existence de gros éditeurs ayant des offres larges. D’ailleurs, ceux-ci n’ont en général pas une offre cohérente, leur offre s’étant inévitablement constituée au fil d’acquisitions successives, et les problèmes d’interopérabilité se posent au sein même des offres de ces éditeurs.

De plus, les solutions larges sont pénalisées par une certaine inertie et sont condamnées à être en retard par rapport à des offres émergentes plus ciblées. En conséquence, les clients recherchent des solutions « best of breed » pour répondre à leurs besoins.

Au bout du compte, une solution optimale pour le client passe généralement par la composition de plusieurs logiciels, posant ainsi l’enjeu de leur interopérabilité, aussi bien au niveau des données qu’en ce qui concerne les processus.

Raison 3 : l’informatique dans le nuage

La troisième raison est l’émergence des modèles basés sur le nuage (« cloud computing »). Bien que relativement jeune dans certains domaines, la tendance de fond est amorcée, et le nuage va créer des enjeux d’interopérabilité à tous les niveaux : plate-forme et applicatif.

Nul doute que Facebook lui-même devient une plate-forme de développement à part entière, sachant que Salesforce en est déjà une depuis plusieurs années dans le monde de l’entreprise.

Cette transition vers le modèle du « nuage » va se faire probablement avec beaucoup de solutions hybrides, ne serait-ce que le temps que ces nouvelles solutions apportent des solutions fonctionnellement complètes.

La conséquence se traduira par des enjeux d’interopérabilité significatifs entre la part d’informatique qui sera chez les clients, dans des nuages « prviés » ou dans le nuage public, avec bien évidemment une distribution probable entre les nuages des différents fournisseurs.

Différentes natures d’interopérabilité

Par ailleurs, il est important de comprendre que l’interopérabilité revêt différentes nature.

En premier lieu, elle se situe au niveau des formats. Par exemple, le HTML, le XML, l’ODF, le CSV ou encore le PDF sont des formats utilisés principalement pour les fichiers. Cela permet aux logiciels de reconnaitre des données.

Les protocoles de communication sont également importants dans la dynamique d’interopérabilité. HTTP, FTP, POP, IMAP ou SMTP sont par exemple des protocoles bien connus. Cela permet des communications entre systèmes.

Au niveau du développement, les APIs (interface de programmation d’application), qu’elles soient généralistes comme JSON/REST, ou spécifiques à un fournisseur, comme la plate-forme .NET ou WinRT, permettent au développeur de s’affranchir de la connaissance du fonctionnement interne des programmes tout en tirant parti de leurs fonctionnalités.

Enfin, il existe aussi des modèles métiers plus ou moins standardisé comme HL7 (Health Level 7) dans le domaine de la santé.

L’interopérabilité revêt donc des formes très différentes, suivant le niveau sur lequel on se place.

Les standards et leurs limites

Afin de garantir cette interopérabilité entre fournisseurs différents, certaines de ces notions sont standardisées au travers de nombreux organismes comme le W3C, l’ECMA, l’ISO, l’IEEE ou l’AFNOR en France. Dans beaucoup de secteurs verticaux, des consortiums existent principalement pour les échanges de données.

Mais les processus de standardisation ou de normalisation sont forcément lents et les standards sont condamnés à être en retard sur l’état de l’art technologique compte tenu des facteurs suivants :

  • La complexité intrinsèque de l’informatique,
  • La divergence d’intérêts entre les participants,
  • Et une innovation rapide qui « n’attend pas ».

Dans certains cas, les standards sont loin de tenir les espoirs passés ou l’objectif initial et risquent de devenir totalement inutile ou obsolètes. CORBA en est exemple. UML semble en avoir pris le chemin.

Daniel COHEN-ZARDI

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