L’interopérabilité et ses enjeux pour les éditeurs de logiciels (2/4)

La composante culturelle

Au-delà des aspects techniques, la composante « culturelle » est souvent une dimension à ne pas oublier pour réussir un projet impliquant une interopérabilité entre différentes technologies.

L’interopérabilité au niveau technique est comme l’utilisation d’une langue commune, elle ne gomme pas les différences culturelles !

Sur le terrain chez nos clients, nous avons pu observer de nombreux contextes différents d’interopérabilité amenant leur lot de difficulté à faire coopérer des cultures de l’informatique très différentes, comme par exemple dans les configurations vécues suivantes :

  • Intégration d’un gros système mainframe avec un serveur Web Windows,
  • Portail basé sur SharePoint devant s’appuyer sur des processus SAP,
  • Client-riche .NET servant à manipuler les données décisionnelles d’un référentiel SAS Institue sous Unix,
  • Application iOS pour iPhone s’appuyant sur un back-office entièrement développé en .NET et exposé sous forme de services JSON/REST.

Venant d’horizons différents, avec des modes de travail et des cultures souvent très variables, les personnes éprouvent souvent des difficultés de communication et d’alignement, ne serait-ce que pour mener un test complet qui impliquent les systèmes devant interopérer entre eux.

En pratique, il faut souvent un individu « passerelle », soit qu’il ait déjà pratiqué les deux univers, soit qu’il ait un esprit curieux suffisamment curieux pour s’intéresser au monde qu’il ne connait pas et y découvrir les éléments qui vont lui permettre de prendre la vue d’ensemble.

Bénéfices globaux

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Pour un éditeur de logiciels, les bénéfices de l’interopérabilité sont multiples :

Bénéfice 1 : S’intégrer dans l’existant des clients

Le premier bénéfice d’être interopérable pour un éditeur est de permettre de s’intégrer dans l’environnement existant des clients.

Dans les systèmes d’information, l’inertie est souvent très forte, et l’obsolescence subie dépasse très nettement les plans initialement imaginés.

L’existence de systèmes opérationnels et validés, le poids des données qui y sont présentes et l’importance des habitudes prises par les utilisateurs rendent tout mouvement risqué par nature, et inévitablement économiquement coûteux sur le court terme.

De ce fait, l’un des premiers critères de choix d’une solution est de s’assurer de perturber le moins possible ce qui fonctionne.

Donc toute solution qui peut s’intégrer avec ce qui existe en évoluant par petites étapes dispose d’un atout majeur pour être retenue.

Bénéfice 2 : Elargir son marché cible

Le second bénéfice de l’interopérabilité, au niveau des plates-formes, est d’élargir son marché cible. En supportant un maximum de plates-formes du marché, que ce soit au niveau :

  • Des bases de données,
  • Des middlewares,
  • Des systèmes d’exploitation,
  • Des navigateurs Internet,
  • Des plates-formes mobiles,
  • Des plates-formes « cloud ».

Moyennant un effort relativement coûteux d’investissement produit (en développement, test et support), un éditeur peut élargir sa cible en diversifiant les plates-formes qui permettent à sa solution de fonctionner, car certains clients peuvent imposer ou privilégier des environnements techniques.

Bénéfice 3 : Optimiser le ratio valeur/coût et investissant sur la différentiation

Le troisième intérêt d’interopérer avec d’autres logiciels est de focaliser son effort sur la différentiation. En faisant levier sur d’autres logiciels établis qui traitent déjà bien de certaines fonctions transversales ou matures, on peut investir son énergie à développer des fonctionnalités plus pointues, qui feront l’unicité de l’offre.

Selon le secteur et le type d’application (il y a parfois une valeur aussi au logiciel unique intégré), une approche de ce type peut s’avérer optimale en termes de valeur générée pour un coût donné.

C’est le principe du « best of breed » et de la concentration de l’effort sur le meilleur élément pour un axe restreint d’un domaine donné.

Bénéfice 4 : Respecter d’éventuelles obligations règlementaires

Enfin, il ne faut pas oublier que l’interopérabilité est aussi souvent une contrainte règlementaire obligatoire.

Dans de nombreux métiers, afin de protéger les clients, certaines législations sont en vigueur pour s’assurer de ne pas maintenir de relation déséquilibrée entre un éditeur qui garderait des formats trop propriétaires et les clients qui seraient ainsi captifs.

Suivant les situations de part de marché, légiférer est parfois nécessaire pour qu’une réelle concurrence puisse s’établir dans la durée.

Notons par exemple en France le cas de la LCFI, qui autorise (sous des conditions dont je laisse les détails aux avocats spécialistes – voir la présentation en commission AFDEL à ce sujet) la décompilation à des fins d’interopérabilité.

Le législateur a voulu ainsi préserver un équilibre entre la protection de la propriété intellectuelle et le maintien d’un environnement concurrentiel servant les intérêts des clients.

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